Exploitation artisanale de l’or : Quelle gestion efficace pour la Guinée et la Côte d’Ivoire ?

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L’exploitation artisanale de l’or est devenue ces dernières années, une véritable source de revenu pour les communautés de ces deux pays. Malheureusement, les faibles capacités de ces états à réussir un encadrement basé sur les bonnes pratiques, plongeant le secteur dans l’anarchie. Même si les revenus tirés sont importants, le manque à gagner reste considérable pour ces pays qui ne parviennent pas à avoir un contrôle efficace des flux financiers engrangés par l’orpaillage. 

L’orpaillage en Guinée est passé de 4 tonnes en 2012 à plus de 19 tonnes en 2016, selon les statistiques de la Banque Centrale. Cette progression résulte de la mécanisation à petite échelle et de l’exonération de la taxe sur la production artisanale de l’or en février 2016 par le Ministère du Budget. En 2016, pour la première fois, le volume de l’exportation provenant de l’artisanale a dépassé celle industrielle. Selon les autorités, l’État a engrangé 300 millions de dollars US.

Comment se porte l’exploitation industrielle de l’or dans ces deux pays ?

Selon le dernier rapport de l’initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) de 2016, la Guinée produit annuellement entre 15 et 25 tonnes d’or brut. Cette production provient de l’exploitation industrielle et celle artisanale. Soit une production de 27 714 kg dont 12 423 kg du secteur artisanal pour une valeur de 10 806 de dollars US.

L’adoption du code minier ivoirien de 2014 et la volonté d’adopter des principes de bonne gouvernance ouvre le pays aux nouvelles opportunités. Cela se caractérise par l’octroi de 200 permis de recherche et d’exploitation.

Que pourrait-on retenir sur l’orpaillage en Côte d’Ivoire ?

Malgré l’adoption du code minier en 2014, l’exploitation artisanale de l’or reste illicite. D’après le ministère de l’Industrie et des Mines, entre 2006 et 2016 l’orpaillage clandestin a fait perdre à l’État ivoirien un montant de 479,22 milliards de FCFA.

Que dit la loi en la matière ?

Le code minier guinéen de 2011 amendé en 2013 est clair. Les articles 51 jusqu’à 58 parlent de la règlementation de l’exploitation artisanale via des textes d’application et d’autres mesures élaborées par le ministère des mines.

Quelques réformes du secteur de l’orpaillage en Guinée

Selon le directeur national des mines, la rentabilité de l’exploitation artisanale est dû à une certaine réglementation que l’État a fait via leur service. « Nous avons d’abord élaboré des textes d’application des articles dans le code minier qui parlent de l’exploitation artisanale, notamment de l’article  54 jusqu’à 59 » dit-il, avant de préciser que « dans ces textes, il est définit la parcellisation des zones d’exploitation, appelée couloirs d’orpailleurs. Désormais, un exploitant n’a droit qu’à deux parcelles (deux hectares) soit 50 mètres sur 100, renouvelable chaque année ».

Une autre réforme évolutive, c’est le prélèvement d’un montant symbolique aux orpailleurs pour faire la restauration des sites exploités. Pour autant, l’exploitation clandestine de l’or ne sévit pas qu’en Côte d’ivoire. La Guinée subit aussi.

Quel prix á payer pour une zone d’orpaillage ?

L’activité occasionne la déperdition scolaire, les fléaux sociaux, les impacts environnementaux, des pertes en vie humaine. Dans la mine artisanale de Djoukoudou en Guinée par exemple, l’obtention des parcelles ne découle pas de la loi en vigueur. Les terres sont cédées par les Tombolomas, (les gardiens de mines) qui se trouvent être les natifs de la zone.

Aly Condé est orpailleur dans la mine de Djoukoudou « Dans cette mine, il y a des moments où les Tombolomas nous prennent de l’argent. Les montants versés varient entre 50 et 100 milles GNF. Nous sommes tous sous les hospices de ces Tombolomas ».

Pour Ibrahima Keita, secrétaire des Tombolomas de Kintinian, « ici, il n’y a pas de périmètre défini pour quelqu’un. C’est chacun pour soi et Dieu pour tous ».

Sur la déperdition scolaire, la présence des enfants de moins de 18 ans est encore remarquable dans les mines.

Autrefois, Mamady, 16 ans, allait à l’école mais il a été contraint d’abandonner pour aider ses parents. « Si j’avais le choix aujourd’hui je retournerais á l’école » a-t-il dit.

Dans ces pays voisins, l’exploitation artisanale dégrade l’écosystème. En Guinée la zone artisanale de Téliré enregistre une déforestation excessive, avec la pollution des rivières et la disparition des têtes de sources. A Man en Côte d’Ivoire, le phénomène a pris de l’ampleur.

Quels défis pour ces pays frontaliers ?

Certes, l’exploitation artisanale de l’or est qualifiée comme une véritable source économique. Il faut noter que ces dernières années des milliers de familles ont pu y tirer leurs épingles du jeux. Les moyens de subsistance et tant d’autres réalisations viennent de cette activité. Une situation qui fait que la fermeture des zones où se fait la pratique illicite de l’or cause des problèmes. C’est pourquoi cela constitue d’ailleurs un grand défi pour les gouvernants.

 

      Mariama Barry

 

«Cet article a été produit par [Afriquevision.info] et rédigé dans le cadre d’un programme de développement des compétences médias dirigé par la Fondation Thomson Reuters. Le programme est financé par le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ) et exécuté par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. 

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